Les simulacres démocratiques en Afrique ou l'art de verrouiller les élections

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Politique Les simulacres démocratiques en Afrique ou l'art de verrouiller les élections

Dans le paysage politique africain, un scénario familier vient de se rejouer. En Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara décroche un quatrième mandat, au Cameroun, Paul Biya entame sa huitième décennie au pouvoir. Des chiffres qui racontent une histoire plus profonde, celle de démocraties de façade où le verdict des urnes semble écrit à l'avance. Commençons par la Côte d'Ivoire qui a offert le spectacle désolant d'une élection sans suspense. Avec 89,77 % des voix, M. Ouattara l'emporte face à des adversaires soigneusement écartés - Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo, ses principaux rivaux, ayant vu leurs candidatures rejetées. Le taux de participation, autour de 50 %, en dit long sur le désintérêt d'un électorat confronté à un choix illusoire.

Même tableau au Cameroun, où le président Biya, 92 ans, remporte un nouveau septennat contesté. Son principal opposant, Issa Tchiroma Bakary, dénonce un système "entièrement verrouillé" - bourrages d'urnes, intimidations et coupures d'Internet ayant selon lui entaché le scrutin. La victoire est officielle, mais sa légitimité reste aussi fragile que l'état de santé du président, sujet tabou dans le pays.

Ces élections posent une question fondamentale : que reste-t-il de la démocratie lorsqu'elle se réduit à une simple formalité administrative ? Le processus électoral, vidé de son sens, devient l'instrument même de sa propre subversion. Les règles sont techniquement respectées, mais l'esprit démocratique - la compétition loyale, le choix véritable, la possibilité de l'alternance - s'est évaporé.

La communauté internationale, souvent complice par son silence, préfère parfois la stabilité factice à l'incertitude démocratique.

Ce phénomène dépasse largement les deux pays concernés. Il reflète une crise plus profonde du modèle démocratique en Afrique, où de nombreux dirigeants ont perfectionné l'art de maintenir les apparences tout en confisquant l'essence du pouvoir. La communauté internationale, souvent complice par son silence, préfère parfois la stabilité factice à l'incertitude démocratique.

Pourtant, cette stratégie comporte des risques. En privant les citoyens de toute possibilité de changement par les urnes, ces régimes alimentent la frustration et poussent parfois les oppositions vers des voies extra-institutionnelles. Les récents coups d'État en Afrique de l'Ouest rappellent que l'absence d'alternance démocratique peut ouvrir la porte à l'alternance par d'autres moyens.

Le véritable enjeu ne se limite pas à ces deux pays. Il concerne l'avenir de la démocratie sur un continent où la jeunesse, de plus en plus connectée et informée, n'accepte plus de se voir confisquer son avenir politique. Les manifestations de rue, l'activisme en ligne et la mobilisation citoyenne témoignent d'une soif de changement que les verrouillages électoraux ne pourront indéfiniment contenir.

L'Afrique mérite mieux que ces simulacres. Ses peuples ont montré à maintes reprises leur attachement aux valeurs démocratiques, souvent au prix de grands sacrifices. Les dirigeants qui croient pouvoir perpétuer indéfiniment ce théâtre électoral se bercent d'illusions. Tôt ou tard, la réalité finit toujours par rattraper la fiction.

La légitimité ne se décrète pas, elle se gagne. Et aucune majorité écrite dans les procès-verbaux ne peut remplacer le consentement véritable des gouvernés.