86e minute : le symptôme d'un football africain encore fragile

86e minute : le symptôme d'un football africain encore fragile

Il y a des minutes qui pèsent plus lourd que d'autres. Dans l'histoire du football africain, la 86e minute du Mondial 2026 restera gravée comme un couperet, une lame tombée sans préavis sur les espoirs de tout un continent. Sur les dix sélections qualifiées pour cette édition tripartite – États-Unis, Mexique, Canada – neuf ont survécu à la phase de poules. Une seule, la Tunisie, a plié trop tôt, laissant ses voisins porter l'étendard. Mais ce qui devait être une fête s'est mué en calvaire collectif, répétitif, presque surnaturel.

Par la rédaction de l’Afrique Aujourd’hui

Les Bafana Bafana ont ouvert le bal des souffrances. Face au Canada, ils ont tenu, résisté, cru en leur étoile. Jusqu'à ce que le temps additionnel ne les crucifie. Un but encaissé dans les derniers souffles, et l'Afrique du Sud rentrait au bercail, les mains vides (1-0). Un avertissement, pensait-on. Un simple accident. Mais la suite allait transformer l'accident en sinistre récurrent.

Vint le tour des Éléphants de Côte d'Ivoire. Menés, ils avaient puisé dans leur réserve d'orgueil pour égaliser grâce à un exploit d'Amad Diallo, un éclair dans la nuit nordique. Mais la Norvège avait Haaland. Et Haaland, lui, n'attend que l'ombre d'une faille. Elle vint à la 86e minute – comme une signature. Un tir, un but, et la Côte d'Ivoire s'effondrait (2-1). Même scénario, même horaire, même douleur.

Ensuite, la RDC. Les Léopards, dominateurs face à l'Angleterre, menaient 1-0. Harry Kane égalise à la 75e, on serre les dents, on se dit que le nul est possible. Mais non. À la 86e minute, le même Kane plonge le couteau une seconde fois. 2-1, et la République démocratique du Congo rejoint la liste des victimes de ce quart d'heure fatidique.

Enfin, le Sénégal. Celui-là est le plus cruel. Menant 2-0 face à la Belgique, les Lions de la Teranga semblaient filer vers les huitièmes. Mais la remontada belge, en trois minutes – 86e, 89e, puis un penalty au bout des prolongations (120e+5) – a transformé la joie en abîme. Certains supporters ont évoqué le karma, en écho à la finale de la dernière CAN au Maroc. Ce penalty, contesté par les Sénégalais en fin de match, avait été manqué par Ibrahim Diaz après plusieurs minutes d'interruption de la partie. Finale remportée par les Lions de la Teranga avant d'être déchus de leur titre par la CAF. Une affaire toujours en suspens devant les instances juridiques de la Confédération africaine de football. Comme si le football, parfois, se souvenait des dettes.

Alors, est-ce une malédiction ? Un syndrome de la 86e minute ? Non. C'est plus prosaïque, et plus inquiétant. C'est la fragilité mentale qui pointe à l'heure où les jambes tremblent, où l'expérience des grands rendez-vous fait défaut. Les équipes africaines ont le talent, la vitesse, l'audace. Mais elles manquent encore de cette froideur britannique, de cette obstination germanique, de ce cynisme scandinave qui fait que les dernières minutes se gagnent autant avec le crâne qu'avec les pieds.

Ne tombons pas dans le fatalisme. Le football africain est vivant, bouillonnant, créatif. Mais cet échec collectif doit être une leçon. Il ne suffit pas d'être présent au Mondial, il faut y régner. La 86e minute n'est pas une fatalité, elle est un appel. Un rappel que le temps, dans le sport comme dans la vie, ne pardonne pas les instants de relâchement.

Alors, aux rescapés – s'il en reste – et aux générations futures, disons ceci, la prochaine fois, quand l'aiguille approchera de la 86e, ne regardez pas le tableau d'affichage, regardez-vous dans le miroir. Et demandez-vous si vous voulez être le héros ou la victime de cette minute-là. Car le Mondial 2026 sera peut-être celui du réveil. Il le doit.

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