La Côte d'Ivoire face à un afflux inhabituel de réfugiés fuyant l'avancée djihadiste

La Côte d'Ivoire face à un afflux inhabituel de réfugiés fuyant l'avancée djihadiste

L'afflux inhabituel de réfugiés maliens et burkinabé fuyant l'avancée djihadiste en Côte d'Ivoire commence à inquiéter les autorités ivoiriennes (crédit photo : HCR)


Alors que la violence des groupes armés s'intensifie dans le sud du Mali, Abidjan renforce sa frontière nord et se prépare à des élections législatives sous haute tension.

Le gouvernement ivoirien a ordonné un renforcement immédiat de la sécurité à sa frontière nord. Cette décision du Conseil national de sécurité (CNS) fait suite à un afflux « inhabituel » de réfugiés maliens fuyant une recrudescence d'attaques attribuées à des « groupes armés terroristes » dans le sud de leur pays. Cette crise humanitaire et sécuritaire éclaire crûment la propagation vers le sud de l'instabilité qui frappe le Sahel, menaçant la stabilité d'un des pôles économiques d'Afrique de l'Ouest.

La source de cet exode est une campagne de violence ciblée menée par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Depuis le mois de septembre, cette milice s'en prend systématiquement aux camions-citernes acheminant le carburant depuis le Sénégal et la Côte d'Ivoire, qui constituent les principales artères d'approvisionnement du Mali. Plusieurs véhicules ont été réduits en cendres et des chauffeurs, ainsi que des soldats, ont été tués près de la frontière ivoirienne.

La situation a pris une tournure encore plus dramatique mercredi, lorsque des centaines de civils ont fui les environs de Loulouni, une localité malienne située à seulement une cinquantaine de kilomètres de la Côte d'Ivoire. Selon des sources locales citées par l'Agence France-Presse, ce déplacement de population fait suite à une attaque djihadiste contre des chasseurs traditionnels dozos.

Le CNS, instance suprême qui réunit l'ensemble de l'appareil sécuritaire ivoirien, a indiqué dans un communiqué avoir « été informé de plusieurs flux inhabituels de réfugiés, en provenance du Mali ». Il a précisé que « ces flux seraient dus à des attaques perpétrées contre les civils par des groupes armés terroristes, dans plusieurs localités du sud du Mali », et a ordonné « l'enregistrement de ces demandeurs d'asile ». Parallèlement, le Conseil a demandé au chef d'état-major général des armées de « prendre les mesures adéquates pour renforcer la sécurité aux frontières nord du pays ».

Un pays déjà sous pression

Cette nouvelle crise des réfugiés survient dans un contexte déjà extrêmement tendu pour la Côte d'Ivoire. Le pays accueille déjà sur son territoire près de 90 000 réfugiés en provenance du Burkina Faso voisin, lui-même en proie à une violence endémique des groupes djihadistes et de milices supplétives.

Sécurisation des législatives et restriction des libertés

Réuni jeudi, le CNS a également abordé la question hautement sensible de la sécurisation des élections législatives prévues le 27 décembre prochain. Il s'est d'abord félicité du « bon déroulement » de l'élection présidentielle d'octobre, tout en reconnaissant « quelques incidents » ayant, selon ses chiffres, fait 11 morts et 71 blessés, et entraîné 1 658 interpellations. Des bilans farouchement contestés par l'opposition, qui évoque de son côté 27 décès pendant la campagne et le jour du scrutin.

Pour garantir la sécurité du prochain scrutin, le gouvernement a annoncé le maintien du dispositif existant, soit 44 000 éléments des forces de défense et de sécurité. Enfin, dans une décision qui ne manquera pas d'alimenter les critiques sur les libertés publiques, le CNS a acté la prorogation d'un mois, jusqu'en janvier, de l'interdiction de manifester pour les partis politiques, « à l'exception de ceux qui s'inscrivent dans le cadre du processus électoral ».

Cette mesure, qui mêle gestion d'une urgence sécuritaire à la frontière et contrôle de l'espace politique intérieur, illustre le défi complexe auquel sont confrontées les autorités ivoiriennes : protéger le pays contre une menace extérieure croissante tout en préservant une stabilité intérieure encore fragile.

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