Cheick Tidjane Thiam intervient en pleine conférence pour clouer le bec aux rumeurs de dissensions au PDCI

Cheick Tidjane Thiam intervient en pleine conférence pour clouer le bec aux rumeurs de dissensions au PDCI

En reconnaissance des immenses services rendus et de son militantisme avérés, Mme Véronique Bah, membre du Bureau politique et pdte de la section du PDCI de Paris 16e, initiatrice de la cérémonie, a été élevée dans l'ordre du Bélier par M. Jean-Marc Yacé, vice-pdt du PDCI et député maire de la commune de Cocody (Abidjan).  

 


Paris, samedi 9 mai dernier, alors que Jean-Marc Yacé, vice-président du PDCI, dénonçait avec véhémence les fractures qui affaiblissent son parti, son président Cheick Tidjane Thiam l’a rejoint en direct par téléphone pour appeler à l’union. Derrière la mise en scène, la fragilité persistante de la principale force d’opposition ivoirienne. Analyse.

Par Clément Yao

« C’est avec honneur, responsabilité, mais aussi gravité que je me tiens devant vous ce jour pour prendre la parole. » En ouvrant ainsi la conférence intitulée « PDCI-RDA, renforcement de la cohésion et de la remobilisation », Jean-Marc Yacé, vice-président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et député-maire de la commune de Cocody (Abidjan), n’a pas cherché la formule de circonstance. Il a posé un diagnostic sobre et sans fard sur l’état d’une maison qui vient de fêter ses quatre-vingts ans, mais que les secousses internes menacent de lézarder.

« Nous savons tous, ici et ailleurs, que nous traversons depuis quelque temps une zone de turbulence qui perturbe l’harmonie au sein de notre parti et nous fragilise dans notre marche », a-t-il poursuivi, avant de tempérer, « L’heure n’est pas à un diagnostic, car il existe des instances et des mécanismes internes dans notre grande famille pour solder tous les passifs. » Une façon de rappeler que le règlement des contentieux relève d’abord des organes statutaires, non de la place publique.

À rebours des discours convenus sur la « grande famille », M. Yacé a énuméré des « brèches évidentes à colmater », des « querelles d’ego » et une « logique des camps » qui rongent le plus vieux parti ivoirien. Son constat est d’autant plus frappant qu’il ne verse ni dans le catastrophisme ni dans la complaisance. « Malgré nos faiblesses, les Ivoiriens regardent vers le PDCI avec exigence, mais aussi avec beaucoup d’espoir. » Autrement dit, la demande politique reste vive, l’offre, en revanche, se délite.

Espoir d’une alternance démocratique crédible, mais aussi, en creux, espoir que les cadres du parti cessent de s’épuiser en luttes de légitimité. « Notre héritage ne se trouve pas dans la division », a martelé M. Yacé, en écho à ceux qui murmurent que le parti historique aurait perdu son aptitude au dialogue, jadis sa « marque de fabrique ». Il a invité ses camarades à « crever nos abcès et à panser nos plaies » – formule crue qui traduit une lassitude partagée par une large frange des militants face aux luttes d’influences parasitant la maison verte depuis la disparition d’Henri Konan Bédié, le 1er août 2023.

Face aux prochaines échéances électorales, M. Yacé a fixé l’ambition qui devrait unir les troupes : « retrouver le fauteuil perdu » – autrement dit, reconquérir le pouvoir d’État. Pour cela, il en appelle à un « sursaut de responsabilité » et à une « remobilisation dans la discipline » des militants, notamment ceux de la diaspora parisienne, fer de lance historique du parti. « Nous devons transcender les querelles d’individu pour bâtir une équipe solide », a-t-il lancé, avant de jurer solennellement qu’il « demeurera à jamais au PDCI ». Une promesse de fidélité qui sonne aussi comme un avertissement à ceux qui seraient tentés par la défection.

Un coup de fil qui fait tonnerre

L’exercice était périlleux, car des rumeurs persistantes agitaient la toile et les coulisses politiques. Une dissension latente entre Jean-Marc Yacé et le président du parti, Cheick Tidjane Thiam, aurait pu aggraver les fractures internes. C’est pour écarter ce soupçon que la scène parisienne a basculé dans l’imprévu.

Séance tenante, depuis un téléphone tenu à bout de bras, Cheick Tidjane Thiam s’est adressé à l’assistance. Son message – bref – fut un appel solennel à « la cohésion et à l’union ». Sans elles, a prévenu le conférencier, un parti qui a perdu le pouvoir d’État depuis plus de vingt-six ans n’a aucune chance de retrouver les affaires. La salle a explosé en un tonnerre d’applaudissements, mettant fin – du moins en apparence – à la rumeur de dissension.

Mais au-delà du geste, c’est bien la gravité du moment qui s’est imposée. Après près de trois décennies loin du pouvoir, le PDCI ne peut plus s’offrir le luxe des guerres intestines. Conforté par cette intervention surprise du patron de la Maison verte, Jean-Marc Yacé a exhorté les militants de la diaspora à se remobiliser dans la discipline.

Le défi : franchir le rouleau compresseur RHDP

Cette turbulence est la première de grande ampleur au sein du principal parti d’opposition ivoirien depuis la mort d’Henri Konan Bédié. Son successeur, Tidjane Thiam – ancien banquier d’affaires passé par la direction de Credit Suisse –, a hérité d’une machine lourde mais fragilisée par des fidélités personnelles et une culture du compromis parfois entravée par les ego. Bédié lui-même avait perdu le pouvoir par un coup d’État militaire, le 24 décembre 1999. Depuis, le PDCI oscille entre velléité de reconquête et divisions internes.

En face, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), au pouvoir depuis 2010, est devenu un rouleau compresseur. Sans états d’âme, il écrase tout sur son passage : majorité parlementaire face à une opposition atone, contrôle des ressources de l’État, mainmise sur l’administration et réélection sans surprise d’Alassane Ouattara – quatrième mandat en cours. Dans ce face-à-face asymétrique, la moindre fracture au sein du PDCI est une victoire anticipée pour le camp présidentiel.

Une union sacrée pour survivre

L’union sacrée prêchée samedi par Thiam et Yacé n’a rien d’une simple incantation morale. C’est une condition de survie politique. La question est simple, un parti qui a perdu le pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, qui vient de fêter ses quatre-vingts ans, peut-il encore incarner « l’alternance démocratique aux yeux du peuple » ? La réponse dépendra moins des déclarations solennelles que de la capacité des dirigeants à appliquer leurs propres remèdes : rénovation des pratiques, dépassement des clivages personnels, recentrage sur une offre politique lisible.

Le chemin est étroit, mais M. Yacé a voulu croire que le PDCI reste « le parti le mieux structuré » de Côte d’Ivoire. Reste à transformer cette structure en force de proposition, non en champ de ruines. Car les Ivoiriens, comme il le rappelait, « observent ». Ils ne demandent qu’à croire à l’alternance. Mais ils ne pardonneront pas un énième spectacle de divisions.

Clément Yao

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