Présidentielle ivoirienne : La diaspora africaine tire la sonnette d'alarme
Réunis à la Maison de la Mécanique, en région parisienne, à l'initiative du Think Tank « Diaspora Émergence » et du « Collectif des Cadres Ivoiriens de la Diaspora » en partenariat avec « le Haut commissariat des diasporas africaines de France », des personnalités politiques, universitaires et acteurs de la société civile ont tiré la sonnette d'alarme sur la dérive autocratique et les exclusions qui menacent la stabilité de l'Afrique francophone, avec un focus particulier sur le cas de la Côte d’Ivoire.
Un constat unanime : l'exclusion, poison de la démocratie
Les participants, parmi lesquels figuraient d'éminentes figures comme Arnauld Akodjenou, ancien représentant de l'ONU, et Alioune Tine, fondateur de l’Afrikajom Center, ont exprimé une inquiétude unanime face à la « propension sur le continent à exclure les opposants politiques ». Ces dynamiques, couplées aux « menaces ou emprisonnements visant des acteurs de la société civile et des journalistes », fragilisent inexorablement la cohésion sociale et nourrissent les tensions et violences électorales.
La Côte d’Ivoire, cas d’école d’une crise annoncée
Le cas de la Côte d’Ivoire a été au cœur des débats, citée comme un exemple des risques encourus. La conférence a pointé du doigt l'exclusion « arbitraire » de deux figures majeures de l'opposition :
M. Tidiane Thiam, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) et cadre de la diaspora et ancien patron de Crédit Suisse, écarté de la liste électorale. M. Laurent Gbagbo, président du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire – (PPACI), pourtant acquitté par la CPI, exclu en raison d'une condamnation liée à l'affaire de la BCEAO – une institution qui a elle-même reconnu n'avoir subi « aucune perte financière » durant la crise.
Face à cette situation, les appels au dialogue de l'opposition ont, selon les participants, été « rejetés » par le président sortant, Alassane Ouattara, candidat à un quatrième mandat contesté. La conférence a souligné la « violation flagrante de la Constitution » que cela représenterait.
Des recommandations urgentes pour éviter le pire
Devant ce scénario qui rappelle sinistrement les tragédies passées – la crise postélectorale de 2010-2011 qui a fait officiellement 3000 morts et celle de 2020 émaillée également de violences et de nombreuses victimes –, la conférence ne s'est pas contentée de dénoncer. Elle a émis des recommandations fortes et pressantes. Les organisateurs ont impérativement demandé au président Ouattara et à toutes les parties prenantes « un dialogue politique inclusif », « une redéfinition urgente du processus électoral » pour parvenir à une élection « acceptée par toutes les parties ». Ce n’est pas tout. Ils ont recommandé « une flexibilité constitutionnelle », notamment sur la date du scrutin, face aux risques immédiats qui pèsent sur le pays et la sous-région.
La conférence a interpelé également le Conseil constitutionnel ivoirien sur sa « responsabilité historique » pour éviter à la Côte d’Ivoire « une nouvelle catastrophe ».
La Diaspora, force de proposition et de plaidoyer
Au-delà de la crise ivoirienne, les participants ont rappelé le « rôle stratégique des diasporas africaines » comme « force politique, relais d’opinion et force de plaidoyer ». Porteuses d'expériences diverses, elles sont appelées à se positionner comme des « partenaires constructifs » pour une Afrique apaisée et tournée vers l’avenir.
Pour concrétiser cette ambition, les organisateurs se sont engagés à lancer un réseau permanent de réflexions et d’actions sur la démocratie, de préparer des recommandations pour les institutions africaines et internationales et de mobiliser les diasporas autour d’une plateforme de plaidoyer et de solidarité.
Comme on le voit, le message de Paris est clair : les processus électoraux ne doivent plus être une fatalité tragique pour le continent. L'Afrique a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils, sans exclusion, pour se repositionner sur l'échiquier mondial. Le temps est à l'action concertée et au dialogue pour éviter que la Côte d'Ivoire, et d'autres pays du Continent, n'aillent « droit dans le mur ». La balle est désormais dans le camp des acteurs politiques sur le terrain.
Clément Yao
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