Rachid Ndiaye : l’élégance du verbe au service du pouvoir et de la vérité

Rachid Ndiaye : l’élégance du verbe au service du pouvoir et de la vérité

Figure singulière du paysage médiatique et politique guinéen, Rachid Ndiaye s’est éteint le mercredi 3 juin 2026 à Paris. Son ami et collaborateur de longue date, notre confrère Clément Yao, lui rend un dernier hommage.

C’est un ami que j’ai perdu. Un homme rare, dont la voix grave et mesurée savait éclairer les arcanes du pouvoir aussi bien que les silences de l’exil. Rachid Ndiaye nous a quittés mercredi dernier, à Paris, emportant avec lui une part de l’histoire tumultueuse de la Guinée et du journalisme africain.

Je l’ai rencontré pour la première fois en février 2004. Nous étions dans les salons feutrés d’une agence de communication, International Public Relation (IPR), sise sur les Champs-Élysées. Victorine Avit-Nemet, la patronne des lieux, organisait une conférence de presse de Charles Konan Banny, alors gouverneur de la BCEAO. Rachid était rédacteur en chef d’Africa International. Ce jour-là, il intervint avec une autorité tranquille pour évoquer la crise ivoirienne et les accords de Linas-Marcoussis. J’ai tout de suite été frappé par sa hauteur de vue.

Mais c’est véritablement en 2007, lorsqu’il lança son propre magazine, Matalana, que nos chemins se sont noués. Il m’invita à collaborer avec sa rédaction. Des dizaines d’articles suivirent. Rachid n’était pas seulement un journaliste émérite, doté d’une plume aussi tranchante que précise, c’était un patron de presse hors pair, exigeant, d’un professionnalisme et d’un sérieux rares. Fidèle en amitié, nous nous retrouvions souvent autour d’un repas ou d’un verre – ces instants complices où nous décortiquions l’actualité brûlante du continent, entre rires et analyses acérées.

De la Sorbonne au palais de Sékhoutouréyah

Né en Guinée dans les années 1960, Rachid Ndiaye forgea son regard sur le monde dans les amphithéâtres prestigieux de la Sorbonne – où il décrocha un troisième cycle en sciences politiques – et au CFPJ, dont il est également diplômé. Ce parcours académique exceptionnel le conduisit à devenir un consultant recherché sur des médias de référence comme CFI, RFI, TV5 Monde ou France 24.

C’est en 1999 que le grand public guinéen découvrit sa trempe. Il couvrait alors le procès retentissant opposant le professeur Alpha Condé à l’État guinéen. Un exercice périlleux qu’il mena avec une intégrité qui marqua les esprits. Quand en 2007 il lança Matalana, le magazine international africain, il confirma son engagement pour une information de qualité sur le Continent.

Son retour en Guinée en 2010 coïncida avec l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé, dont il resta proche durant deux décennies. Sa transition vers la politique fut rapide, mais jamais brutale.  D’abord conseiller spécial du président en 2011, puis ministre conseiller chargé de la communication et des questions de prospective. Après avoir quitté le ministère de la Communication en mai 2018, il fut élevé au rang de ministre d’État, conseiller spécial du président.

Dans ce rôle, il devint l’un des principaux artisans de la défense de la politique présidentielle, en particulier lors du référendum constitutionnel controversé de 2020 et de la candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat. Si ses partisans saluaient sa loyauté sans faille, ses détracteurs, en revanche, lui reprochaient une forme d’aveuglement. Pourtant, Rachid, en toutes circonstances, conservait cette dignité silencieuse qui forçait le respect. Dans ses prises de parole publiques, il mettait invariablement en avant les réalisations économiques et les avancées démocratiques, défendant le bilan d’Alpha Condé sur le plan du pluralisme politique et de la liberté d’expression.

Dernier appel, dernières promesses

Notre dernier échange téléphonique remonte à avril 2026. Nous avons parlé de l’actualité politique en Côte d’Ivoire et en Guinée, bien sûr, mais aussi de l’éventualité d’une relance de Matalana. Sa voix était chaleureuse, pleine de projets. Je lui avais confirmé ma disponibilité à continuer à collaborer avec lui, comme aux plus belles années.

Rachid Ndiaye était un homme de conviction, parfois contesté, jamais indifférent. La presse africaine perd un maître. La Guinée perd l’un de ses fils les plus clairvoyants. Moi, je perds un ami fidèle, celui avec qui il faisait bon « croquer l’actualité brûlante du Continent » autour d’un verre.

Repose en paix, Rachid. Que la terre de Guinée, que tu as tant aimée, te soit légère.

                                           

Source :

COMMENTAIRES