Lyon – Dans les coulisses d'un consulat ivoirien très influent

Lyon – Dans les coulisses d'un consulat ivoirien très influent

SEM. Ezoa Aka Lambert à la cérémonie de voeux de la Préfete de la Région Auvergne-Rhône-Alpes  


 

Élu doyen du corps consulaire, l’ambassadeur Ezoa Lambert Aka a transformé la représentation de la Côte d’Ivoire en une plateforme d’influence tous azimuts. Économie, défense, diaspora, gastronomie, tour d’horizon d’une diplomatie de terrain qui bouscule les codes.

Lyon, de notre correspondant Koné André

Le consul général de Côte d’Ivoire à Lyon, Son Excellence Ezoa Lambert Aka, ne ressemble guère à l’image poussiéreuse du diplomate cantonné à ses visas et ses actes d’état civil. Depuis sa nomination, cet ambassadeur de formation – également doyen du Corps consulaire de Lyon – a imprimé à sa mission un rythme et une diversité qui interrogent. Et si le consulat moderne était devenu un hub d’influence décentralisé, au plus près des réalités économiques et humaines ?

Loin du guichet, sa représentation s’est muée en une plateforme couvrant aussi bien la diplomatie économique que culturelle, environnementale, sécuritaire, voire « des célébrités et de l’entertainment ». Un inventaire à la Prévert qui reflète moins l’éclectisme que la stratégie, faire de Lyon – carrefour européen et porte historique vers l’Afrique – un levier de la politique d’ouverture ivoirienne.

Cap sur l’investissement et la diaspora

Preuve en fut donnée le 1er juin dernier, au forum « AFD et entreprises » organisé à l’Hôtel de Région. Aux côtés de Business France, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et de Team France Export, le consul a plaidé pour rapprocher les entreprises locales des appels d’offres financés par l’Agence française de développement (AFD), avec un focus sur la Côte d’Ivoire et le Bénin. Santé, agriculture, villes durables, numérique, autant de secteurs où Abidjan entend capter des investissements.

Le même ressort actionné le 29 mai à l’UNESCO (Paris), pour le lancement du forum « Diaspora For Growth » (les 26-27 juin). Objectif, transformer les 1,15 million d’Ivoiriens de l’extérieur – dont les transferts annuels atteignent 640 milliards de francs CFA – en une force d’investissement productif (PME, infrastructures, agro-industrie). La circonscription de Lyon, qui abrite l’une des diasporas les plus actives de France, est en première ligne.

Un doyen au service du dialogue institutionnel

Élu doyen du Corps consulaire de Lyon, M. Ezoa Lambert Aka use de cette position pour tisser des liens avec les autorités locales. Le 1er juin, il organisait un déjeuner au Cercle de l’Union en l’honneur de trois généraux de la Gendarmerie nationale – une initiative pour fluidifier la coopération entre consulats et forces de l’ordre, notamment dans l’accompagnement des ressortissants en situation difficile.

Présent le 18 mai à l’installation du nouveau préfet de région, Étienne Guyot, puis le 13 mai au départ de sa prédécesseure Fabienne Buccio, le consul ivoirien observe scrupuleusement les protocoles républicains. Il a déposé une gerbe au Monument aux Morts le 8 mai 1945, inscrivant son pays dans le devoir de mémoire – un geste qui, à Lyon, résonne avec l’histoire de la Résistance.

À la suite du décès de M. Gérard Cazaux, Consul honoraire de Côte d’Ivoire à Toulouse, survenu le 24 avril 2026, M. Ezoa Lambert Aka a prononcé une oraison funèbre lors des obsèques le 4 mai et a transmis à la famille les condoléances du président Alassane Ouattara, de la ministre d’État Nialé Kaba, de l’ambassadeur Maurice Kouakou Bandaman et de la diaspora. Premier consul honoraire à Toulouse, M. Cazaux a œuvré pendant vingt-cinq ans au renforcement des liens entre la Côte d’Ivoire et la France, laissant le souvenir d’un homme d’écoute et de fidélité.

Honneurs et soft power

Le 4 juin, à la résidence de la Confédération suisse, à Caluire-et-Cuire, M. Ezoa Lambert Aka a été élevé au rang de Dignitaire des Pennons de Lyon, une confrérie séculaire. Il a prêté serment aux côtés de son homologue du Japon, M. Shinya Iwata, et de M. Daniel Villareale, président de la CPME Auvergne-Rhône-Alpes. ?

Il a également représenté la Côte d’Ivoire aux fêtes nationales italienne (80e anniversaire de la République, le 3 juin), turque (Semaine de la cuisine, sur le thème « Un héritage à la même table ») et tunisienne (indépendance, le 28 avril). La gastronomie, la mémoire, le dialogue consulaire : autant de vecteurs d’un soft power que la diplomatie ivoirienne cultive désormais sans complexe.

Une proximité quotidienne avec les compatriotes

L’originalité de l’action du consul réside peut-être moins dans les réceptions que dans sa présence constante aux côtés des Ivoiriens de la région. Le 18 avril, il a investi Joachim Gazalé Goba comme nouveau président de la communauté ivoirienne de Lyon et de l’Auvergne-Rhône-Alpes, lançant un appel à la paix et à l’union – non anodin après des scrutins parfois disputés.

Les 11 et 12 avril, il dépêchait une délégation à Marseille pour une opération d’enrôlement pour la carte nationale d’identité, la deuxième du genre après Bordeaux. Plusieurs centaines de ressortissants ont ainsi pu bénéficier d’un service de proximité, grâce au consul honoraire sur place, Robert Fabre.

Le même jour, le 18 avril, il remettait à cinq étudiants ivoiriens de l’INSEEC Grande École (quatre en audit-contrôle de gestion, une en management international) leurs diplômes. Une manière de dire que le consulat n’est pas une tour d’ivoire, mais une maison ouverte sur les parcours, les difficultés et les fiertés de la diaspora. Il reçoit régulièrement l’AEJAIM (jeunes actifs ivoiriens) ou le Fab Lab Europe-Afrique (inclusion sociale, droits humains). Une diplomatie d’écoute, loin du protocole distant.

Une diplomatie de défense et de réflexion stratégique

Preuve que le champ d’action est illimité, M. Ezoa Lambert Aka a participé le 22 avril à une conférence de haut niveau au Cercle Général Frère sur « Le flanc Est de l’OTAN et la crise de la sécurité européenne », organisée par l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD), avec les consulats de Pologne et de Roumanie. Sans être membre de l’Alliance, la Côte d’Ivoire suit avec attention les recompositions géopolitiques qui affectent aussi l’Afrique.

En somme, là où de nombreux États réduisent leurs moyens à l’étranger, la Côte d’Ivoire fait de son consulat de Lyon un véritable hub d’influence. L’équipe dirigée par M. Ezoa Lambert Aka – féminine, polyvalente et de terrain – démontre qu’une diplomatie offensive et multidimensionnelle est non seulement possible, mais efficace. Reste une question, ce modèle, né d’une volonté personnelle et d’une conjoncture locale, est-il exportable ? En attendant, la préfecture du Rhône et ses habitants ont découvert un ambassadeur qui ne se contente pas de représenter son pays, il l’incarne, chaque jour, sur le terrain.

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